1. Etat des connaissancesLe Vietnam présente des particularités historiques dont les conséquences ont été importantes pour les ressources naturelles et notamment pour les ressources forestières. Ce pays présentait l'un des plus faible taux de développement économique de l'Asie dans les années 1980 et devient un pays émergent en 2005. Mais ce développement s’accompagne d’une très forte pression démographique.
Le Vietnam est un pays rural dans lequel l'économie est encore dépendante de l'agriculture et où l'amélioration du revenu agricole passe par la diversification des exploitations et le développement de certaines productions créatrices d'une valeur ajoutée (bambou, anacardier par exemple).
Planche 2 : Carte pédologique de la Région Sud-Est du Viet Nam présentant une surface importante de sols gris.
Dans le Sud Viet Nam, les terres cultivables du delta du Mékong qui jusqu'à présent satisfaisaient les besoins de toute cette région et d'Ho Chi Minh ville, enregistrent une très forte dégradation ainsi qu’une augmentation de la salinité du fait des retenues d’eaux réalisées en amont qui limitent le lessivage. De ce fait on commence à voir s'intensifier des cultures dans la région la plus proche, la région Sud-Est, caractérisée par la prépondérance des sols gris. La région Sud-Est présente encore une assez faible densité de population (225 habitants/km2) ; sur une surface totale de 2 300 000 hectares, les sols gris ferrugineux tropicaux occupent environ 750 000 ha. La préservation des massifs forestiers, la réhabilitation des terres dégradées et la mise en valeur des sols gris résument l'attente des décideurs de cette région.
Les sols gris ferrugineux tropicaux (Acrisols) renferment peu de matière organique et d’éléments nutritifs, mais ils présentent un intérêt certain pour l’agriculteur : horizons cultivés souvent profonds, de texture légère, faciles à drainer, avec une topographie favorable à la mécanisation, beaucoup de surfaces encore disponibles.
La mise en culture des sols forestiers se traduit, dans les régions tropicales, par une destruction ou un affaiblissement des systèmes naturels de maintien de la fertilité (Pieri, 1989). Les systèmes biologiques de régulation de l'écosystème initial disparaissent, car ils ne s'adaptent pas aux nouvelles conditions du milieu. Il s'ensuit une véritable dérégulation des processus biologiques qui contribue à en épuiser la fertilité naturelle.
Les travaux de ces 30 dernières années ont mis en évidence que les "ingénieurs du sol" (vers de terre, termites) jouent un rôle majeur dans les processus de dégradation et de synthèse des matières organiques des sols. L’étude du métabolisme digestif de ces "ingénieurs" a permis de montrer que la matière organique végétale subit une succession de décompositions et de synthèses, l’humification, sous l'action mécanique et enzymatique de leur tube digestif et que l'ingestion simultanée des particules minérales conduit à l'apparition de micro-agrégats stables dans les fécès, premiers maillons dans la formation d'une structure et donc d'un sol (Joschko et al., 1989; Garnier-Sillam et al. 1989, 1992a; 1994; 1995 b, 1998; Lavelle et al., 1997; Dominguez et al, 2004).
Les vers de terre constituent un groupe qui agit directement et/ou indirectement sur les différents processus du fonctionnement des sols et sur la croissance des plantes, leurs actions sur le sol déterminent des sphères d'influence appelées drilosphères (Lavelle, 1997, Brown, 1995). Ces sphères d'influence englobent, outre l'ingénieur considéré, les micro-organismes associés et les autres invertébrés du sol.
Il est généralement admis que les vers de terre influencent la diversité et l’activité des organismes appartenant à des groupes fonctionnels subordonnés, les transformateurs de litière, les microprédateurs et les microorganismes, régulant ainsi les transformations des nutriments (Lavelle et al. 1997). La disponibilité des nutriments est produite à l’échelle de microhabitats telles que la rhizophère où se concentrent les exudats racinaires susceptibles de stimuler la croissance microbienne (Bolton et al., 1992), mais jusqu’à présent il n’est pas clairement établi si l’augmentation du nombre de bactéries résulte d’une croissance bactérienne ou d’une activation des bactéries dormantes.
Deux contraintes principales affectent la croissance des plantes sur les sols gris : la pauvreté en éléments organiques et le manque d’eau (Siband,1976, Kopytko & Gerkiyal,1983). De telles contraintes abiotiques entraînent chez les plantes non adaptées une inhibition de la photosynthèse (Chaves et al., 2002, Cruz de Carvalho et al., 1998, França et al., 2000) et au final des diminutions parfois importantes du rendement. Les plantes cultivées, du fait de leur sélection en vue de performances maximales en conditions optimales d’alimentation en eau et en engrais, ont souvent perdu des caractéristiques génétiques qui leur confèraient une capacité d’adaptation à des conditions environnementales difficiles (Seki et al. ,2003).
Les recherches sur l’effet de stress abiotique sur les plantes aux niveaux physiologique et cellulaire sont nombreuses, mais rares sont celles qui ont porté sur les relations entre les plantes et un sol pris dans sa globalité, avec les êtres qui y vivent (Blouin et al. 2005). Les récents résultats montrent que les vers de terre induisent une réponse systémique des plantes conduisant à une meilleure adaptation de celles-ci aux contraintes de l’environnement (Lavelle et al., 2004 ; Blouin et al., 2005 ).
2. Objectifs de recherche
- Etudier le fonctionnement des sols gris du Sud-Est Viet Nam, afin de protéger des écosystèmes fragiles et promouvoir un développement raisonné de la Région Sud-Est du pays.
- Etudier les techniques de conservation de la fertilité des sols et d’amélioration de la production agricole ;
- Promouvoir des pratiques agricoles en privilégiant des techniques durables et rentables ;
- Familiariser les paysans avec ces nouvelles techniques agricoles.
3. Moyens mis en œuvre
- Réalisation des expérimentations sur différents sites :
* dans l’ Ecomusée : une partie du conservatoire est réservée pour les expérimentations.
* dans le village de Phu An : des parcelles plantées de bambous, anacardiers, hévéas chez les paysans fournissent le moyen pour réaliser des essais en vraie grandeur pour ce thème de recherche.
* dans les parcs nationaux de la Région Sud –Est comme Lo Go Xa Mat ( province de Tay Ninh), Cat Tien (province de Dong Nai) on dispose de parcelles représentatives des sols gris ( Acrisols).
En concertation avec les paysans intéressés, l’amélioration de la fertilité des sols gris a été conduite sur les cultures typiques dans la région :
- le bambou ( Thysostachys siamensis),
- l’anacardier,
- l’hévéa.
L’amélioration de la production des bambous a porté sur trois types de fertilisation :
- fumier et NPK
- fumier et vers de terre.
- vers de terre
Pour la fertilité on a adopté un dispositif de traitements et de répétitions, correspondant à un ensemble de parcelles de surface adaptée à la culture considérée pour permettre de calculer les statistiques pour le traitement des données.
Un essai non prévu initialement, s’est avéré nécessaire après les résultats obtenus dans les premières recherches sur les sols gris et la matière organique ; il concerne le fractionnement des apports de fumier qui dans les conditions tropicales est minéralisé très rapidement ; comme les quantités disponibles chez les paysans sont limitées il est en effet envisageable d’assurer ces apports en trois fois pour assurer la meilleure humification possible, garante d’une minéralisation plus lente de 30 à 40% de l’apport. L’essai est conduit avec le maïs.
- Laboratoire de recherche Biologie des sols et biotechnologie de l’environnement. DIEP My Hanh, chef du projet Ecomusée du bambou, est responsable de ce laboratoire de recherche, capable de fournir les moyens pour traiter les échantillons prélevés lors des essais pour les différentes analyses.
- Laboratoire d’analyse des sols et des plantes de l’Université de l’Agriculture et des Forêts de Thu Duc.
- Site démonstratif : l’amélioration de la production des bambous a été réalisée sur trois parcelles de 0,5 ha avec trois variétés de bambou différentes dont une à turions comestibles :
- variété de Manh Tong ( Dendrocalamus asper ( Schult.f.) Backer ex Heyne.
- variété de Luong Thanh Hoa ( Dendrocalamus membranaceus) Munro
- variété de Tre Tau ( Gigantochloa levis ) (Blanco) Merr ( Notons que Dr. S. Dransfield n’est pas d’accord pour l’espèce levis , à vérifier ).
4. Partenariats établis
- Le laboratoire de Biologie des sols et des Eaux de l’Université de Paris XII Val de Marne (Créteil) qui travaille beaucoup sur les ingénieurs du sol : les vers de terre ont fait l’objet d’un élevage sur le site même du Conservatoire botanique à partir d’une première fourniture de Périonyx esclavatus .
- Le laboratoire de l’Université de l’Agriculture et des Forêts de Thu Duc pour les analyses de sols et de feuilles.
- Le laboratoire LEST-UMR 137 Bio Sol, Centre IRD d'Ile de France : une des étudiantes du laboratoire de My Hanh est en thèse sur le ver de terre avec ce laboratoire.
5. Résultats obtenus En ce qui concerne les problèmes de fertilités des sols gris, plusieurs expérimentations ont été conduites, elles ont fait l’objet de mémoires de maîtrise ou de DEA : les thèmes et les conclusions sont résumés ci après.
1/ Etude de l’influence de la fertilisation biologique sur l’amélioration de la fertilité des sols gris :
Pham Tan Kien, Le thi Hong Nhu, Tran chi Thanh, Huynh Thanh Hoa, Lam thi Ngoc Tuyen, Huynh thi My Dung, Diep thi My Hanh. Rapport scientifique, encadré par Dr. Diep thi My Hanh, soutenu en 2004 devant le jury scientifique du Ministère de l’Education.
Suite au programme de recherche de la fertilité des sols par apport de vers de terre, il a paru intéressant de procéder à des essais comparatifs de différentes fertilisations biologiques sur les sols gris du Sud Est Viet Nam, pour lesquels il paraît intéressant de maintenir ou d'améliorer leur fertilité en limitant l'utilisation des engrais chimiques, pour des raisons tant économiques qu'écologiques.
Les essais ont été conduits de la façon suivante : comparaison de l’apport de 30 tonnes de fumier avec celui de 30 tonnes de vers de terre, soit une espèce importée sur une culture de tomate, soit une espèce locale sur une culture de maïs ; dans les deux cas on a réalisé une culture témoin sans traitement.
Les analyses ont permis d’obtenir les résultats suivants :
- Sur les sols : l’apport de fumier ne présente pas de différence significative par rapport au témoin ; le traitement ver de terre Perionyx excavatus a une action significative sur les différentes caractéristiques du sol avec augmentation des pH, M.O, CEC, N, P2O5 et K2O ; avec le ver de terre local Pheretima on obtient des augmentations du même ordre.
- Sur la croissance des plantes :
* pour les tomates, le traitement « fumier » n’a pas d’action significative sur la croissance par rapport au témoin, alors que le « ver de terre » est très significatif ;
* pour le maïs, les deux traitements ont un effet significatif par rapport au témoin, avec avantage au ver de terre ;
- Sur la récolte :
* pour les tomates : nombre de fruits et poids frais total plus élevés avec le ver de terre ;
* pour le maïs : la biomasse, le nombre des épis et le poids des grains séchés sont plus élevés avec le ver de terre.
En conclusion, le ver de terre, local ou importé, a des actions significatives sur la fertilité du sol et sur la croissance ou le rendement des tomates et du maïs ; pour la durée de traitement considérée, les effets des vers de terre sur le sol sont plus rapides que ceux obtenus avec le fumier seul, parce qu'avec leur transfert dans le système digestif des vers de terre, les éléments nutritifs deviennent plus facilement assimilables.
L'application de cette méthode biologique avec le ver de terre local est intéressante parce que non seulement elle permet d'augmenter la fertilité des sols, mais elle participe également à la protection de l'environnement par la limitation de la pollution avec les engrais chimiques.
C'est un travail à long terme, qui nécessite des investissements importants pour l’appliquer sur les grandes surfaces de sols gris de Sud- Est du Viet Nam, mais il garantit le développement durable.
2/ Influence des matières organiques sur l’écosystème des sols gris sous bambous :
DEA Le Thi Thu Thuy, encadré par Dr. Diep thi My Hanh, soutenu devant le jury de l’Université des Sciences naturelles en 2004.
Traditionnellement, la culture du bambou dans la région de Phu An, réalisée sans soins particuliers ni apports d’engrais, se traduit par un appauvrissement des terres ; l’apport de matières organiques avec 2 kg NPK, provoque après un an un changement appréciable de quelques caractères physico-chimiques et biologiques du sol dans la couche 0-20 cm. La porosité augmente de 49% à 54,5%, la capacité de rétention en eau augmente 1,5%, l’acidité diminue, le pH passe de 4,59 à 5,81, la CEC augmente de 2,59 à 3,60 meq/100g, la teneur en humus augmente de 0,875% à 1,635%.
L’apport de NPK seul, avec 1 ou 2 kg, n’entraîne pas de différence sur le plan physico-chimique par rapport au témoin.
La densité des bactéries aérobies augmente et le nombre de ces micro-organismes a une relation rigoureuse avec la teneur en éléments nutritifs (la corrélation entre les bactéries décomposant le phosphore et la teneur en phosphore est R2= 0,8653).
La présence de matières organiques augmente aussi le nombre des vers de terre, qui est exprimé indirectement à travers la présentation des nids du ver, 30-35 nids/m2 pour les tests avec matières organiques et 1-2 nids/m2 pour les tests sans matière organique.
Après l’amélioration des caractères physico bio chimiques de la couche 0-20 cm du sol, on constate une augmentation du nombre, du diamètre et de la hauteur des chaumes de bambou. Avec l’engrais chimique seul, le nombre de chaumes augmente de 31 à 37, alors qu’avec l’engrais organique, ce nombre augmente de 42 à 45. La hauteur augmente 2 m et le diamètre (¬D1,3) augmente de 3,8 cm à 4,5 cm. Le nombre de rhizomes augmente aussi de 53 rhizomes/m2 à 121 rhizomes/m2.
En conclusion, l’application d’engrais organiques dans les plantations de bambous est à recommander pour amender les sols, augmenter la production des plantations et limiter la dégradation des sols dans le futur.
3/ Influence des sources organiques sur la dynamique des microorganismes du sol :
DEA Dinh Tan Thu, encadré par Dr. Diep thi My Hanh, soutenu devant le jury de l’Université des Sciences naturelles en 2005.
Sur le site de Phu An, on a analysé les litières de trois plantations : anacardier, hévéa et bambou pour étudier l’influence des différentes sources organiques sur la dynamique des micro-organismes dans le sol. Le résultat des analyses montre que la dynamique des micro-organismes du sol varie selon les saisons de la même façon pour les différentes plantations, elle s’accroît à la saison des pluies et décroît à la saison sèche et reste dépendante des conditions physico-chimiques de l’environnement. La densité des micro-organismes est plus élevée dans les secteurs ayant reçu un complément de matière organique.
Au point de vue biologique, le nombre des groupes de micro-organismes des sols gris sous plantations est très faible (la somme des micro-organismes aérobies est 0,01-27,20 x105 CFU/g, la somme des spores des levures et champignons : 0,02-25,27 x105 CFU/g). La densité du groupe des actinomycètes est supérieure à celle des autres groupes ; le groupe des nitrobactéries occupe une place réduite sur toutes les plantations.
Globalement, les sols gris de Phu An présentent un nombre de microorganismes limité et de faible diversité. On a noté aussi la présence de quelques espèces ayant une grande activité enzymatique telles que : Aspergillus niger, Tricoderma spp.,...
La teneur en éléments nutritifs dans les sols gris sous anacardier, hévéa ou bambou est très faible ; même avec un complément d’engrais organique, la teneur des éléments nutritifs reste pauvre malgré une amélioration certaine. Sur les sols plantés de bambous, avec un complément d’engrais organique, la densité des micro-organismes est augmentée, ce qui accélère la décomposition des matières organiques ; l’augmentation des éléments nutritifs facilite le développement du bambou, dont la hauteur s’accroît en moyenne de 1,4 m et le diamètre de 3,5 à 4,0 cm.
En conclusion, les micro-organismes jouent un rôle important dans l’amélioration des caractères physico-chimiques et dans la teneur en éléments nutritifs des sols ce qui se traduit positivement sur le rendement des plantations.
4/ Biodiversité des sols gris : DEA Nguyen Hoai Phuong, encadré par Dr. Diep Thi My Hanh et Pr. Evelyne Garnier Zarli, soutenu devant le jury de l’Université des Sciences naturelles en 2007.
Les connaissances des activités biologiques des sols gris sous forêt ou sous culture sont nécessaires pour promouvoir un développement durable. Le sol gris sous la forêt primaire du parc national Lo Go Xa Mat a été choisi pour être comparé avec les sols déforestés et plantés de bambous Thyrsostachys siamensis depuis un, cinq, dix et jusqu'à vingt ans.
Les résultats montrent que certaines caractéristiques physiques comme l'humidité ou la texture du sol sous bambou sont modifiées par rapport au sol sous forêt. Le pH a tendance à augmenter alors que la valeur de la capacité maximum de rétention en eau (CMR) reste pratiquement inchangée. Les teneurs en éléments nutritifs comme N, P, K, Ca, Mg, matière organique, et la CCE ont toutes diminué entre la forêt primaire et la plantation de bambous de un an.
La biodiversité de la microfaune du sol diminue après un an de plantation de bambous ; après 10 ou 15 ans la biodiversité se retrouve au niveau atteint sous forêt, ce qui montre que l’accumulation des litières de bambou permet de rétablir l’équilibre de l’écosystème.
5/ Modification de la biodiversité des sols gris en fractionnant les apports de matière organique : Maîtrise de Ta Hung Anh, encadré par Dr. Diep Thi My Hanh et Pr. Evelyne Garnier Zarli soutenu devant le jury de l’Université des Sciences naturelles en 2006.
L’humus est une matière organique néoformée à partir des éléments résultant de la décomposition de la matière organique végétale du sol ; l’humus résistant aux actions microbiennes ne se minéralise que lentement, alors que 70% de la matière organique végétale apportée à un sol se minéralise rapidement, d’autant plus vite que la température est plus élevée. Pour limiter ces pertes, on a procédé à des apports fractionnés de fumier.
L’expérimentation a été conduite en comparant la croissance de deux plantes couramment exploitées : le bambou - Thyrsostachys siamensis (Kurz) Gamble et le maïs - Zea mays L. avec un apport de 18 tonnes de fumier par ha ou trois apports de 6 tonnes ; on a également testé trois apports de 3 tonnes : les résultats obtenus sont les mêmes dans les différents cas, mais par rapport au témoin sans traitement, on constate la modification de plusieurs caractéristiques comme : l’augmentation du pH, de la teneur en argile, de la capacité de rétention en eau (CMR%), du contenu de l’azote total, et du phosphore disponible ; par contre il n’y a pas d’amélioration de la teneur en potassium qui est très déficient dans ce sol.
La texture du sol est modifiée, la densité augmente, la porosité diminue, alors que la biodiversité des organismes présents augmente.
La complémentation minérale, NPK, après un apport de fumier, augmente significativement la biomasse du bambou et le rendement du maïs.
6/ Application des micro-organismes photo-autotrophiques pour améliorer la fertilité des sols gris . Maîtrise de Nguyen Giang Son, encadré par Ingénieur agronome Doan Nam Sinh et Dr. Diep Thi My Hanh, soutenu devant le jury de l’Université des Sciences naturelles en 2005.
L'emploi d'engrais chimiques en agriculture a conduit à beaucoup d'effets secondaires à l’origine de nombreux problèmes écologiques. L'engrais organique présente beaucoup d'avantages par rapport à l'engrais chimique mais les quantités à mettre en œuvre sont beaucoup plus importantes.
La présente étude analyse l'efficacité des micro-organismes photo-autotrophiques, particulièrement des micro algues, pour compléter les apports en éléments nutritifs des plantes en comparaison avec l’emploi d’une solution minérale. La solution d'algues utilisée contient une concentration d’éléments nutritifs équivalente avec celle de la solution minérale.
Deux espèces de plantes ont été cultivées sur deux milieux différents :
- Brassica juncea sur le sable
- Sweet Jumbo, herbe de fourrage, sur le sol gris.
La solution d'algues a permis d’obtenir une biomasse de Brassica juncea 2.24 fois plus importante que celle obtenue avec la solution minérale ; dans l'expérience avec Sweet Jumbo sur le sol gris, le poids frais d'herbe obtenu avec la solution d'algues était 1.64 fois supérieur à celui obtenu avec la solution minérale, au cinquantième jour d'expérience.
Ces résultats montrent l'effet positif de l'application des micro-organismes photo-autotrophiques comme source d'engrais organique pour les plantes cultivées.
6. Publications
La liste ci dessous reprend les titres en français de publications en vietnamien.
Le T.T.T., DIEP My Hanh, 2004. Influence de la matière organique sur les caractéristiques physico-chimiques du sol gris ( Acrisols) sous la culture de bambou. Rapport du département Ressources naturelles et de l’Environnement. Université des Sciences naturelles de Ho Chi Minh ville, 150 p.
Nguyen Hoai Phuong, DIEP My Hanh, Evelyne Garnier Zarli, 2006. Evolution de la biodiversité de la faune des sols gris dans les plantations de bambous en fonction de la date de défrichement de la forêt de la région Sud –Est du Viet Nam. Rapport scientifique de la Conférence scientifique de l’Université des Sciences Naturelles, novembre 2006.
Ta Hung Anh, Le Thi Thu Thuy, Diep Thi My Hanh, Evelyne Garnier Zarli, 2006. Modification de la biodiversité des sols gris en fractionnant les apports de matière organique. Rapport scientifique de la Conférence scientifique de l’Université des Sciences Naturelles, novembre 2006.
Nguyen Giang Son, Doan Nam Sinh, Diep Thi My Hanh, 2006. Application des micro-organismes photo-autotrophiques pour améliorer la fertilité des sols gris. Rapport scientifique de la Conférence scientifique de l’Université des Sciences Naturelles, novembre 2006.
7. Perspectives de Recherches
7.1. Sur les bambousLes prospections et les déterminations scientifiques des échantillons collectés vont rendre possible la mise à jour du chapitre "bambous" de la flore générale de l'Indochine qui ne comporte que 73 espèces; deux formations "master" et un doctorat doivent accompagner la réalisation de ce projet. Le résultat sera une grande contribution à la classification générale des bambous et également à un vaste projet sur la Phylogénie du Bambou entrepris par une équipe internationale de spécialistes du bambou depuis août 2005.
L’ensemble des données recueillies aidera à planifier les aménagements régionaux et contribuera à la gestion durable des bambous : l'exploitation industrielle des bambous existe déjà et va s'accélérer avec la multiplication des nouvelles utilisations. La rapidité de mise en exploitation d'une plantation de bambous autorise à envisager des mesures réglementaires ce qui va nécessiter la formation de spécialistes en plantation des espèces recherchées par les industriels et en identification des bois de bambou : l’Ecomusée et le Conservatoire botanique réunissent tous les éléments pour assurer ces formations et contribuer au développement local.
- Les partenariats amorcés avec les Universités de Grenoble et Chambéry devraient déboucher sur la mise au point de matériaux barrières à partir de la cellulose du bambou ou de matériaux composites à base de fibre de bambou; une application en matière de nanotechnologie est même envisagée.
- Dans le cadre de ses travaux pour la protection de l'environnement en particulier pour la recherche de plantes utilisables en matière de phytoremédiation, le groupe de recherche a pu mettre en évidence qu'une variété de bambou était capable d'hyper accumulation : des travaux sont en cours pour déterminer le gène responsable de cette hyper accumulation et son fonctionnement; d'autre part un partenariat est envisagé avec le CERMAV pour le traitement des bambous qui auront servi à dépolluer les sols contenant des métaux lourds.
7.2. Sur la PhytoremédiationLe bambou est déjà utilisé en Europe pour le traitement des eaux usées et cette technique va être proposée au district de Ben Cat, au nord de Phu An, où l’aménagement d’une zone industrielle prévoit le traitement de toutes les eaux usées de la zone.
Si l’on peut mettre au point une technique de dépollution des sols contaminés avec ce Bambusa et le traitement ultérieur de ce bambou saturé en métaux lourds, le modèle pourra être reproduit dans d’autres sites pollués.
Des discussions sont en cours entre le laboratoire LOCIE de Polytech'Savoie, l’Université des Sciences Naturelles de HCM Ville et Ho Chi Minh ville pour monter un tel projet.
Il est prévu de réaliser :
- à la pépinière du Conservatoire botanique de Phu An, la multiplication des plantules du Bambusa concerné où seront également conduits les essais pour la détermination du seuil de tolérance et ceux relatifs à la chronologie de l’accumulation.
- au laboratoire de l’Université de l’Agriculture et de la Forêt de Thu Duc, les analyses des métaux lourds dans les sols et les plantes ; la détermination des gènes responsables de l’hyper accumulation aura lieu également à Thu Duc en liaison avec le laboratoire de Créteil qui travaille actuellement sur les autres plantes identifiées comme hyper accumulatrices du plomb sur le site de la fabrique d’accumulateurs de Dong Naï.
- au laboratoire LOCIE de Polytech'Savoie, la tâche de déterminer sur les sites pollués les modalités de mise en œuvre du Bambusa : densité des plantations, durée de vie, modalités de récolte, traitement après la récolte en réalisant des tests en vraie grandeur.
7.3. Sur les sols grisL’étude du fonctionnement des sols gris repose sur l’analyse de la biodiversité de la faune dans les sols sur différents sites, l’analyse de ces sols et l’amélioration de la fertilité par de nouvelles méthodes en particulier l’enrichissement en vers de terre et le fractionnement des apports de matières organiques. Il faut faire appel à plusieurs disciplines : écologie, physiologie végétale, pédologie, zoologie, microbiologie, enzymologie et biologie moléculaire. Grâce à cette approche multidisciplinaire, il devient possible d’analyser les processus du fonctionnement des horizons superficiels à différentes échelles ; parcelle, organismes, microorganismes, gènes et sous différents traitements (intrants organiques, minéraux et biologiques) en vue d’établir les bases d’une gestion écologique et durable des sols gris du Sud-Est du Viet Nam, gestion tenant compte de l'intérêt économique des villageois et du maintien, voire de l'amélioration de la fertilité des sols.
Un projet de recherche sur l’étude du fonctionnement des sols gris du Sud Est Viet Nam avec le laboratoire des sols de Créteil a été défini ; les crédits nécessaires n’ont pas encore été obtenus, mais d’ores et déjà des étudiants en DEA ou en Master 2 travaillent sur ce programme.
L’application par les paysans des résultats de la recherche en matière de fertilisation nécessitera encore beaucoup d’efforts de persuasion : comme partout le milieu paysan vietnamien est peu perméable à l’innovation bien qu’il soit capable de changer de stratégie très rapidement : on constate l’abandon de cultures pérennes, anacardiers ou bambous, pour relancer les plantations d’hévéa qui ont fait la richesse de la région avant 1975. Il faut espérer que l’on aura des réactions semblables pour la production des variétés de bambous demandées par l’industrie, variétés disponibles au Conservatoire botanique.
8. Bibliographie
8.1. Pour la partie recherche sur le bambou
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